La question de la mortalité constitue un indicateur majeur de l’état de santé d’une population. En Pays de Loire, région qui conjugue une démographie dynamique et un vieillissement progressif, l’analyse des principales causes de décès revêt une importance toute particulière. Ce panorama vise à offrir un regard lisible, documenté et contextualisé sur la mortalité régionale à partir des sources officielles disponibles, notamment celles de Santé Publique France, de l’INSEE, et des registres régionaux.
Nous avons choisi de mettre en perspective les chiffres bruts, mais aussi leur évolution récente, et les particularités territoriales qui forgent des réalités parfois contrastées à l’intérieur même de la région. L’approche privilégiée ici est factuelle, sans dramatisation, mais toujours soucieuse d’expliciter ce qui sous-tend les parcours de fin de vie sur nos territoires.
La région des Pays de Loire, comme l’ensemble de la France, voit sa mortalité principalement concentrée autour de quelques grands groupes de pathologies. Les données les plus récentes de l’INSEE et de Santé Publique France (2023) permettent d’identifier les causes de décès les plus fréquentes :
En 2022, on enregistrait, selon l’INSEE, environ 36 000 décès en Pays de Loire, toutes causes confondues. Les cancers et maladies cardiovasculaires représentent ensemble près de deux tiers des décès, un ordre de grandeur stable au fil de la décennie, mais avec des nuances selon l’âge et le sexe.
Les cancers constituent la première cause de décès dans la région, comptant pour environ 30 % de l’ensemble des décès (source : INSEE, 2022). Cette part est plus marquée chez les personnes de moins de 65 ans, où ils deviennent la principale cause de mortalité prématurée.
Les cancers bronchopulmonaires sont la première cause de décès par cancer chez l’homme et ont fortement augmenté chez la femme sur les deux dernières décennies, traduisant notamment l’impact de l’évolution du tabagisme.
La région présente une mortalité par cancer globalement équivalente voire légèrement inférieure à la moyenne nationale, mais avec des écarts notables selon les départements, la Loire-Atlantique et la Vendée affichant par exemple des taux standardisés un peu plus élevés que la Mayenne ou la Sarthe.
Les maladies cardiovasculaires sont la seconde cause de décès dans la région et représentent environ 26 % des décès totaux. Elles regroupent un large spectre de pathologies :
Depuis 20 ans, les décès liés aux maladies de l’appareil circulatoire sont en légère diminution, en raison des progrès de la prévention et de la prise en charge. Ce recul est particulièrement net chez les hommes de moins de 75 ans (Santé publique France, 2019).
À un âge avancé, ces pathologies restent cependant très prégnantes, en particulier dans les territoires où l’accès au suivi médical et à la rééducation après événement cardiovasculaire est plus complexe (espaces ruraux, zones sous-denses).
Le vieillissement de la population en Pays de Loire – près d’un quart des habitants ont plus de 60 ans – modifie la cartographie de la mortalité. Les maladies chroniques dites de « longue durée » prennent une place croissante, en particulier parmi les causes de décès des personnes âgées.
Avec l’augmentation de l’espérance de vie, les maladies neurodégénératives, notamment la maladie d’Alzheimer et les démences apparentées, représentent une cause de décès de plus en plus fréquente, surtout après 80 ans. Ce groupe pathologique représente désormais entre 7 et 10 % des décès selon les départements, soit près du double du niveau observé il y a vingt ans (ARS Pays de la Loire).
Les maladies de l’appareil respiratoire (broncho-pneumopathies obstructives chroniques, ou BPCO, pneumonies, insuffisances respiratoires) sont responsables d’environ 7 % des décès. Elles touchent plus souvent les personnes âgées et présentent une surmortalité en milieu urbain, liée à des expositions environnementales (pollution, habitat…).
Côté pathologies digestives, citons la cirrhose du foie, les cancers du tube digestif (œsophage, pancréas, foie) et les maladies pancréatiques, cause de 4 à 5 % de la mortalité.
Les causes dites « externes » regroupent les accidents de la vie courante, les accidents de transport, les suicides, les noyades et autres traumatismes. Leur poids diminue avec l’âge mais reste très élevé avant 40 ans. Elles représentent environ 6 % des décès en Pays de Loire, mais jusqu’à 30 % des décès chez les hommes de moins de 25 ans (source : INSEE, Données régionales).
Le suicide reste une question aiguë en Pays de Loire, particulièrement dans la Sarthe et la Mayenne, avec des taux supérieurs à la moyenne nationale et majoritairement masculins (ORS Pays de la Loire).
Le taux d’accidents mortels fluctue selon la densité de circulation routière, la saisonnalité (été en Vendée, littoral) et les activités professionnelles.
S’il existe des tendances générales régionales, leur traduction locale peut varier sensiblement. Plusieurs facteurs expliquent ces écarts :
| Département | Cancers | Cardio-vasculaire | Respiratoire | Externes |
|---|---|---|---|---|
| Loire-Atlantique | 173 | 148 | 34 | 29 |
| Maine-et-Loire | 165 | 139 | 31 | 27 |
| Mayenne | 160 | 156 | 28 | 33 |
| Sarthe | 168 | 163 | 33 | 38 |
| Vendée | 177 | 152 | 34 | 32 |
On constate que la Loire-Atlantique et la Vendée affichent des mortalités globales par cancers plus élevées, alors que la Sarthe présente un taux de mortalité cardio-vasculaire supérieur à la moyenne régionale.
L’accès aux soins et la densité médicale sont également des déterminants majeurs. Les zones rurales, souvent qualifiées de « déserts médicaux », voient parfois leur mortalité aggravée pour les décès évitables — c’est-à-dire ceux que l’intervention précoce et la qualité de la prise en charge pourraient limiter (Hypertension artérielle, diabète, cancer du sein, infarctus...).
La cartographie des causes de décès en Pays de Loire met en lumière la nécessité d’une approche territorialisée de la santé, attentive aux disparités locales autant qu’aux trajectoires d’évolution. Ni tout à fait identique à la France dans son ensemble, ni radicalement différente, la région conjugue un vieillissement marqué, des réussites de prévention, et des enjeux spécifiques à certains territoires et populations.
À mesure que le profil épidémiologique régional évolue, les attentes se déplacent vers une meilleure anticipation des parcours de soins, une adaptation de l’offre médico-sociale, et une consolidation des politiques de santé environnementale. Mieux informer, contextualiser l’action, et rendre lisibles les données, demeurent des outils majeurs pour orienter la prévention et l’accompagnement des plus fragiles en Pays de Loire.
Sources principales : INSEE, Santé Publique France, Observatoire Régional de la Santé Pays de la Loire, Agence Régionale de Santé Pays de la Loire.