L’espérance de vie en bonne santé, souvent appelée « espérance de vie sans incapacité » (EVSI), constitue un indicateur central pour évaluer la qualité des parcours de vie et l’efficacité des politiques de santé publique. Contrairement à l’espérance de vie globale – qui indique l’âge moyen auquel on peut s’attendre à décéder dans une région ou un pays –, l’EVSI s’intéresse aux années vécues sans limitation d’activité liée à un problème de santé majeur. Cette nuance place la question de la santé sous l’angle du bien-être et de l’autonomie, essentiels pour comprendre les besoins de la population, notamment des seniors.
En Pays de la Loire, où l’on observe un vieillissement démographique combiné à un tissu médico-social dense et évolutif, suivre l’évolution de l’espérance de vie en bonne santé permet de mieux anticiper l’organisation des soins, la prévention de la perte d’autonomie et l’adaptation des services à domicile et en institution. Nous proposons ici une analyse de la situation régionale, en la replaçant dans son contexte national et local.
L'espérance de vie en bonne santé est calculée à partir de deux grandes sources : la déclaration des limitations d’activité dans les enquêtes nationales de santé, et l’exploitation des données de mortalité. Selon la Déclaration européenne de Tallinn et la méthodologie du Baromètre Santé, une « personne en bonne santé » est celle qui déclare ne pas être limitée dans ses activités quotidiennes par un problème de santé ou un handicap, et qui ne souffre pas d’une maladie ou affection chronique majeure.
Les différences entre ces deux indicateurs révèlent la « part d’années de vie avec limitations », enjeu crucial pour la prévention, l’aménagement de l’offre de soins et la prise en charge du vieillissement.
Les Pays de la Loire se distinguent traditionnellement par des indicateurs de santé parmi les plus favorables en France métropolitaine. Cette tendance se retrouve pour l’espérance de vie en bonne santé.
En comparaison, au niveau national, l’espérance de vie en bonne santé atteignait la même année 65,3 ans pour les femmes et 64,4 ans pour les hommes. Les Pays de la Loire affichent donc un léger avantage, qui s’explique par une conjonction de facteurs territoriaux, sociaux et organisationnels :
L’analyse territoriale met en évidence des écarts notables à l’intérieur même de la région :
Au sein des populations, des différences s’observent aussi selon le niveau de diplôme, la catégorie sociale et le sexe. En Pays de la Loire, la précarité, l’isolement et l’accès différencié à l’information et à la prévention jouent un rôle déterminant. À titre d’exemple, les femmes vivent en moyenne plus longtemps, mais passent davantage d’années avec des limitations physiques modérées ou sévères (DREES).
L’évolution de l’espérance de vie en bonne santé ne suit pas strictement celle de l’espérance de vie. Certaines tendances nationales et régionales se retrouvent dans les Pays de la Loire :
La pandémie de COVID-19 a également eu un impact mesurable en 2020-2021, avec une légère baisse générale de l’espérance de vie, surtout marquée chez les populations âgées et fragiles, mais les indicateurs tendent à se redresser progressivement.
Le vieillissement accéléré des habitants du territoire représente un enjeu de taille : selon l’INSEE, la part des personnes de plus de 75 ans en Pays de la Loire va passer de 10 % en 2020 à près de 15 % à horizon 2040. Cela entraîne mécaniquement une augmentation du nombre d’années vécues avec pathologies ou limitations fonctionnelles.
L’organisation des soins s’en trouve impactée, sur plusieurs volets :
| Défi | Impacts sur l’espérance de vie en bonne santé |
|---|---|
| Densité médicale et accès aux spécialistes en gériatrie | Variations territoriales et inégalités d’accès |
| Déploiement des dispositifs de prévention | Effet positif mesuré mais freiné dans certaines zones rurales |
| Prise en charge coordonnée (hôpital-ville-médico-social) | Réduction des hospitalisations évitables et meilleure qualité de vie |
À l’échelle régionale, le Schéma Régional de Santé 2018-2028 (ARS Pays de la Loire) promeut le développement de la prévention et le “bien vieillir”, mais la mise en œuvre concrète demeure hétérogène en fonction des territoires et des moyens disponibles.
Plusieurs leviers sont identifiés par les experts régionaux et nationaux pour agir sur l’espérance de vie en bonne santé en Pays de la Loire :
Les expériences locales innovantes, telles que les maisons de santé pluriprofessionnelles en Vendée ou les réseaux territoriaux de prévention en Loire-Atlantique illustrent des pistes prometteuses. Un point commun émerge : l’importance de la coordination entre acteurs, associations, professionnels de santé, collectivités et habitants.
L’espérance de vie en bonne santé, en Pays de la Loire comme ailleurs, ne relève pas uniquement de la médecine curative. Elle dépend d’un écosystème territorial alliant prévention, diagnostic, prise en charge globale et accompagnement social. Au fil des années, la région a su développer des réponses adaptées, mais les dynamiques démographiques, territoriales et économiques imposent de penser de nouveaux modèles d’action, plus intégrés et résilients.
S’informer, connaître ses droits, comprendre les dispositifs d’accompagnement et participer aux actions de prévention contribuent collectivement à préserver le capital santé régional. Les collectivités, les réseaux associatifs et les professionnels de terrain restent des partenaires essentiels pour accompagner le vieillissement en bonne santé et réduire les disparités, avec comme boussole l’équité d’accès à une vie longue, autonome et de qualité.
Sources principales :