La mortalité prématurée en Pays de Loire : éléments de comparaison et dynamiques territoriales

Au sein des indicateurs incontournables pour évaluer la santé publique régionale, la mortalité prématurée (décès survenant avant 65 ans) permet de mesurer les pertes en vie potentielles et de cibler les politiques de prévention. Pour mieux situer le Pays de Loire, il est utile de considérer les principaux enseignements suivants :
  • La mortalité prématurée est un indicateur sensible à la fois à l’état de santé de la population, à la prévention, aux modes de vie, et à l’organisation des soins.
  • Le Pays de Loire figure structurellement parmi les régions françaises où la mortalité prématurée est la plus faible, derrière la Bretagne, l’Île-de-France et l’Auvergne-Rhône-Alpes.
  • Les écarts intra-régionaux et les déterminants sociaux pèsent fortement sur l’évolution des taux locaux.
  • Les causes principales de mortalité prématurée sont les cancers, les maladies cardiovasculaires et les morts violentes ; la part évitable reste notable.
  • Les différences territoriales, les évolutions démographiques et les inégalités sociales de santé sont des enjeux majeurs pour la région à moyen terme.

Définition, enjeux et lecture de la mortalité prématurée

La mortalité prématurée regroupe l’ensemble des décès survenus avant 65 ans dans une population donnée. Il s’agit d’un indicateur synthétique utilisé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) et Santé publique France, car il permet de repérer les décès “évités” ou évitables, c’est-à-dire ceux qui pourraient être prévenus par une réduction des facteurs de risques ou par une amélioration de la prise en charge médicale.

Elle est souvent exprimée en nombre de décès prématurés pour 100 000 habitants et ventilée par sexe, par groupe d’âge et selon les causes (cancers, maladies cardiovasculaires, etc.). L’analyse de cet indicateur aide à orienter les politiques de lutte contre les déterminants de santé défavorables – tels que le tabac, l’alcool, la précarité – et à mesurer l’impact des dispositifs de dépistage et de soins.

Au-delà d’une simple statistique, la mortalité prématurée traduit la fragilité de certains parcours de vie et met en lumière des injustices en santé qui traversent territoires, catégories sociales et générations. Les stratégies de prévention primaire et l’organisation des filières de soins de proximité en sont des déterminants majeurs.

Comparaison nationale : quel positionnement pour le Pays de Loire ?

En 2021, la mortalité prématurée en France métropolitaine s’établit à 220 décès pour 100 000 habitants (données Insee/Santé publique France). En Pays de Loire, ce taux est systématiquement inférieur à la moyenne nationale : il oscille entre 185 et 200 décès pour 100 000 habitants selon les années et les sources (Insee, ARS Pays de la Loire, Atlas SNCF 2023).

  • La région se classe régulièrement parmi les cinq régions métropolitaines les moins touchées, derrière la Bretagne (environ 175-180), l’Auvergne-Rhône-Alpes et l’Île-de-France.
  • À titre de comparaison, les régions les plus affectées – Hauts-de-France, Normandie, Grand Est – enregistrent des taux entre 250 et 290 décès pour 100 000 habitants.
  • Au sein de la région, la Loire-Atlantique affiche le taux le plus bas, tandis que la Vendée et la Mayenne présentent des valeurs plus élevées, sans atteindre les extrêmes nationaux.

Le classement du Pays de Loire témoigne d’un profil globalement favorable en santé publique, mais n’exclut pas des disparités marquées à l’échelle infrarégionale.

Évolutions récentes : dynamique temporelle et facteurs de variation

Sur les deux dernières décennies, la mortalité prématurée a significativement reculé, aussi bien au niveau national qu’en Pays de Loire. Le taux régional a ainsi diminué de près de 20 % depuis le début des années 2000, reflétant les progrès du dépistage, de la prévention (notamment tabac et alcool) et des avancées thérapeutiques.

Cependant, cette tendance globale masque des disparités persistantes :

  • Le recul est davantage marqué pour les hommes que pour les femmes.
  • La baisse a ralenti depuis une dizaine d’années, en partie sous l’effet du vieillissement démographique et d’une amélioration moindre chez les catégories les plus précaires.
  • La polarisation territoriale s’accentue, avec des zones rurales ou périurbaines, notamment en Mayenne ou en Vendée, où la mortalité prématurée reste au-dessus de la moyenne régionale.

Des évènements particuliers, telle que la pandémie de Covid-19, ont aussi provoqué une hausse temporaire de la mortalité prématurée en 2020, mais le Pays de Loire est demeuré moins touché que d’autres régions plus urbanisées ou socialement fragilisées.

Déterminants de la mortalité prématurée : comprendre les écarts

Plusieurs facteurs expliquent le positionnement relativement favorable du Pays de Loire :

  • Facteurs socio-économiques : Le niveau de vie moyen, la moindre fragilité sociale par rapport à d’autres régions du nord ou de l’est de la France. L’exclusion sociale, la précarité et le chômage élevé sont plus fréquents dans les régions où la mortalité prématurée est forte.
  • Modes de vie et de consommation : Les enquêtes régionales soulignent une prévalence du tabagisme et de la consommation excessive d’alcool inférieure à la moyenne nationale, bien que certains territoires (zones rurales, quartiers populaires) restent concernés.
  • Densité de l’offre médicale et accessibilité : Le Pays de Loire bénéficie d’un meilleur accès aux soins primaires, notamment dans les grandes agglomérations, et d’une densité médicale relativement stable.
  • Dispositifs de prévention : La mobilisation autour du dépistage des cancers (sein, col de l’utérus, colorectal), la promotion de la nutrition et de l’activité physique, et des actions de santé scolaire, contribuent à limiter la progression de la mortalité prématurée.
  • Facteurs environnementaux : L’exposition moindre à certains risques professionnels, industriels ou urbains, hormis dans les zones portuaires ou industrielles, où des sur-risques localisés sont identifiés (ex. : agglomération nantaise).

Au-delà de ces éléments généraux, il convient de rappeler la place centrale des inégalités sociales de santé : à indicateur régional favorable, les écarts intra-régionaux sont parfois très marqués entre quartiers urbains, zones rurales isolées et littoraux.

Causes principales : des profils spécifiques à surveiller

Les grandes causes de mortalité prématurée en Pays de Loire rejoignent les tendances nationales :

  1. Les cancers : Ils représentent près de 45 % de la mortalité prématurée régionale, avec une prédominance des cancers bronchopulmonaires (tabac), colorectaux, mammaires (données Insee, CépiDc). Les stratégies de dépistage, bien implantées, expliquent en partie les taux contenus.
  2. Les morts violentes (accidents, suicides, traumatismes) : Elles demeurent la deuxième cause, particulièrement chez l’homme, reflétant des réalités locales de prévention en santé mentale, sécurité routière, et lutte contre les conduites à risques.
  3. Les maladies cardiovasculaires : Leur part décroît grâce à la prévention secondaire (HTA, diabète, nutrition), mais reste significative, surtout chez les populations défavorisées et les seniors actifs précaires.

À ces causes majeures s’ajoutent :

  • Les maladies associées à l’alcool, notamment parmi les jeunes adultes.
  • Les pathologies liées à la précarité (infections, complications de maladies chroniques non suivies, notamment en zones rurales éloignées).

La part évitable : marges de progression et enjeux de prévention

Selon Santé publique France, près de 35 à 45 % de la mortalité prématurée est dite “évitables”, soit susceptible d’être prévenue par une meilleure lutte contre les facteurs de risque, l’accès au dépistage précoce et un suivi médical régulier. Cela comprend les décès dus au tabac, à l’alcool, à l’obésité, aux accidents et aux pathologies mal prises en charge.

En Pays de Loire, la part des décès évitables est légèrement inférieure à la moyenne nationale, mais elle demeure préoccupante dans certains territoires. Les disparités urbain/rural et la persistance de foyers de précarité sociale et d’éloignement géographique posent la question du ciblage et du renouvellement des politiques de prévention.

Inégalités, faiblesses et vigilance à l’échelle régionale

Si le positionnement régional donne matière à l’optimisme, il reste à considérer plusieurs défis :

  • L’augmentation attendue de la population âgée dans les prochaines décennies pourrait déplacer une part de la mortalité prématurée vers les populations vieillissantes, avec des besoins en prévention et en accompagnement adaptés.
  • Les inégalités en santé, tant sociales que territoriales, risquent de s’aggraver sans une vigilance accrue. Les zones de désertification médicale, comme certaines parties de la Sarthe ou du nord de la Vendée, concentrent davantage de décès précoces évitables pour défaut de suivi ou de dépistage.
  • La santé mentale des jeunes et des adultes, sujette à de nouvelles fragilités post-pandémie, impacte directement la proportion de morts violentes prématurées.

Perspectives régionales et leviers d’action

La lutte contre la mortalité prématurée en Pays de Loire ne relève pas d’une seule politique de santé, mais d’une combinaison d’actions coordonnées, inscrites dans la durée :

  • Renouveler l’effort sur la prévention auprès des publics les plus fragiles (quartiers populaires, zones rurales isolées, seniors actifs).
  • Renforcer la couverture médicale, notamment par l’attractivité des zones en tension et la diversification des métiers (médecins, infirmiers, assistants médicaux).
  • Soutenir les filières de dépistage et l’accès aux soins innovants, en s’appuyant sur les maisons de santé pluriprofessionnelles et le numérique en santé.
  • Développer les réseaux de proximité (pharmaciens, services d’aides à domicile, acteurs associatifs) pour toucher les personnes “hors système”.
  • Mieux intégrer la dimension sociale, professionnelle et psychique dans les dispositifs de suivi longue durée.

À travers une observation fine et partagée des données régionales, la réduction de la mortalité prématurée demeure un objectif atteignable, en partenariat avec l’ensemble des acteurs du territoire.

Pour aller plus loin : - Santé publique France – Atlas régional de la mortalité prématurée - Insee – Tableaux de l’économie française, chapitre santé - Rapport de l’ARS Pays de la Loire, chiffres-clés santé, 2022 - CépiDc – Inserm, causes médicales de décès